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L’hommage national et mondial rendu à la cathédrale de Paris mutilée par le feu dans la nuit du 15 au 16 avril 2019 nous invite à mettre en ligne deux poèmes de Patrice de La Tour du Pin sur Notre-Dame de Paris. Ces textes ont été écrits à deux époques différentes de la vie du poète, aux antipodes, pourrait-on dire, puisque 50 ans les séparent.

Le premier poème est un sonnet appartenant à un recueil de vers de jeunesse resté inédit : « Les Notre-Dame de France », dont subsiste au Bignon un cahier manuscrit, calligraphié en lettres gothiques, et soigneusement illustré par Marguerite de Ganay, la grand-mère du jeune Patrice alors âgé de 14 ans. C’est le premier d’une série de dix sonnets.

Notre-Dame de Paris

Madame entre les quais de Seine tout noircis,
Princesse de Lutèce au visage gothique,
Jetez le fin profil d’une ombre héraldique
Sur le joyau de France et du monde, Paris.

Votre royaume est là, de Chartres à Senlis,
Resplendissant d’ardeur dans sa beauté mystique
Et vous êtes, Madame, une ardente relique
Que Dieu met au milieu des peuples qu’il chérit.

Dans cette île d’amour vous êtes notre asile
Et l’arc armorial de ce portail tranquille
Dans la Seine enchantée allonge ses reflets.

O Vaisseau Notre Dame aux dédales immenses,
Reine du fil de l’onde, inclinez-vous, veillez
Sur l’océan vibrant des galères de France.

Après Notre-Dame de Paris, viennent Notre-Dame de Reims, de Chartres, de Rouen, de Sens, d’Albi, de Laon, d’Amiens, de Bourges et de Strasbourg. On est frappé par la précocité et la virtuosité littéraires de l’adolescent en 1925 dans ces poèmes qui veulent dessiner « le jardin des délices françaises ». Chaque sonnet est comme une enluminure précieusement enluminée.
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Les Notre-Dame de France


Le second poème appartient à la veine des « lieux-dits » abondamment explorée à la fin de la vie du poète.
Douze « lieux-dits » ouvrent Une Lutte pour la vie en 1970 repris dans le Troisième jeu en 1983. Ils seront illustrés plus tard par l’ami Jacques Ferrand. Ce sont des lieux naturels de la campagne gâtinaise dans lesquels le poète projette et découvre les richesses de sa vie intérieure, et qu’il porte à l’existence par la parole poétique.
Le « Lieu-dit Notre-Dame » n’appartient pas à cette série de poèmes campagnards, mais il avait peut-être une place projetée dans la Somme définitive que le poète, mort brutalement, n’a pas eu le temps de terminer. La qualité littéraire de ce poème, à la versification ferme et subtile, exalte la profondeur spirituelle de la relation du poète à la Vierge Marie et la présentation de Notre-Dame de Paris à la foule des pèlerins et des touristes appelée à devenir elle-même la Mère du Seigneur en recevant « le nom de Notre-Dame en sa teneur d’amour ».
Le poème a été publié par Anne de La Tour du Pin l’été 1976 dans le numéro de la revue Pharaon consacré à Patrice de La Tour du Pin.
Lieu-dit Notre-Dame (Revue Les Pharaons - été 1976)

Il fait nuit, et puis jour, et puis nuit sur la Seine,
Sur l'île dans la Seine et sur les tours dans l'île,
Jour et nuit jusqu'au sein des voûtes immobiles,
D'où s'élève, échappant à ces nuits et ces jours,
Un déjà clair avant-coureur d'un autre Règne,
Le nom de Notre-Dame en sa teneur d'amour.

Et qui désire entrer au sein de Notre-Dame
Peut en trouver la porte à ce nom qui s'entr'ouvre
De Notre-Dame au monde à Celui qu'elle couvre,
Sans passer par ces jours toujours à nuits tournant,
Peut abaisser son propre nom d'homme ou de femme
Et recevoir celui qui s'offre à tout-venant.

Nul n'entre au signe de la Vierge que du signe,
Nul n'est vierge d'esprit, mais le signe rend vierge,
Nul n'émerge au Seigneur, mais le Seigneur s'immerge
Et distribue le nom de mère en s'enfonçant,
L'empreint à qui l'accueille, et alors s'illuminent
Les ombres de milliers de noms de tous les temps.

Il accorde un silence à des milliers de houles,
Différent du silence en notre mort muette,
Car il passe au travers et devient la secrète
Voix d'amour retournant les vieux mots de nos cœurs ;
Et voilà Notre-Dame en même temps la foule
Et le seul corps de chair qui porta le Seigneur.

Il fait nuit, et puis jour, et puis nuit sur la Seine,
Sur l'île dans la Seine et sur les tours dans l'île...
Et l'amour dans ce nom tressaille au ciel stérile,
Et le ciel s'ouvrira quand les cœurs s'ouvriront,
Et par milliers il montera des voix humaines
Du passé, du silence et du présent sans fond.

Vienne celui que Notre-Dame mit au monde !
Car le monde est bien nous, et nous en Notre-Dame,
Portant mort du Seigneur au signe de nos âmes,
Attendant son retour à travers jours et nuits,
Et palpitant déjà de la même et profonde
Espérance du sein vierge qui le couvrit...

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